Le désherbage à l’ère de la robotisation

Avec l’arrivée de nouvelles technologies informatiques agricoles tous les ans, on ne sait parfois plus où donner de la tête. Certes, la beauté des technologies comme les relevés de topographie ou les applications à taux variables réside dans le fait qu’elles peuvent être combinées afin de décupler leur utilité. Le hic cependant, c’est que pour bien en tirer profit, il faut parvenir à les rendre compatibles.

Outre la gestion de champ et la cartographie, des innovations commencent à apparaître dans le domaine de la gestion des adventices sous forme de désherbeurs intelligents. Même si l’éventail de techniques de désherbage mécanique et chimique est large, tous ces attachements et robots autonomes ont une chose en commun: la reconnaissance optique des adventices. Les robots-désherbeur vont de la reconnaissance du rang (afin d’éviter ce dernier) à la reconnaissance de l’espèce avec l’apprentissage progressif (i.e. intelligence artificielle). Certains sont autonomes donc plus justifiés pour des productions à haute valeur (i.e. maraîchage) alors que d’autres sont tractés et mieux adaptés aux grands champs. Nous vous présenterons ici 6 de ces technologies innovantes.

L’ARROSAGE DIRIGÉ AVEC LE ROBOT INTELLIGENT ECOROBOTIX

Propulsé par l’énergie solaire, le robot intelligent de la compagnie française Ecorobotix longe les rangs et envoie un jet dirigé d’herbicide sur chaque adventice qui croise son chemin. Ainsi, la quantité d’herbicide appliquée sur le champs est drastiquement réduite, en plus d’être adaptée à la taille de la plante grâce à sa caméra intelligente. Il est également muni de deux bras applicateurs reliés à deux réservoirs et d’une « app » permettant son contrôle à distance. Ecorobotix avance que son robot permettrait de réduire par un facteur 20 les doses appliquées. Le seul suivi nécessaire serait le remplissage de pesticide.

LE TRAVAIL DE L’ENTRE-RANG AVEC LE ROBOT OZ

La compagnie française Naïo commercialise de gros robots enjambeurs, mais manufacture aussi Oz, un petit robot de travail d’entre-rang. Selon les outils disponibles, ce robot peut travailler l’entre-rang (socs patte-d’oie), butter le rang ou le travailler à l’aide de griffes (herse-étrille). Deux caméras le guident à travers les cultures et le laissent travailler de manière autonome, tout en minimisant les risques de compaction (ou de rester pris).

LE TRAVAIL DU RANG AVEC LE SARCLEUR DE PRÉCISION STEKETEE

Malgré son nom difficile à prononcer, le Steketee IC-Weeder est l’une des ces initiatives prometteuses. L’attachement de la compagnie néerlandaise du même nom s’installe à l’arrière d’un tracteur et utilise deux outils mécaniques: des dents suivent l’entre-rang et des sarcloirs sillonnent le rang en évitant les cultures grâce à un réseau de caméras intelligentes. Ces dernières sont assistées par un logiciel de détection programmé pour la culture et qui peut même produire des statistiques de dépistage. Le cadre de la bineuse est personnalisable afin de se mesurer à différentes largeurs de rangs et peut accueillir d’autres outils.

L’ARROSAGE DIRIGÉ AVEC LA RAMPE INTELLIGENTE SEE & SPRAY

Blue River Technologies, une compagnie californienne récemment rachetée par John Deere, se prépare à lancer une nouvelle génération de rampes d’arroseuses équipées du système See & Spray. Avec ce dernier, des caméras aident les buses à appliquer l’herbicide uniquement là où elles reconnaissent une adventice. L’algorithme d’apprentissage progressif derrière les caméras serait éventuellement capable de reconnaître jusqu’à l’espèce, et donc possiblement de choisir l’herbicide le mieux adapté. De plus, les données qu’il récupère peuvent fournir des statistiques de couvert d’adventices et de résistance à l’herbicide.

LE ROBOT HYBRIDE INTELLIGENT DE L’UNIVERSITÉ DALHOUSIE

Provisoirement baptisé R2Weed2, ce robot-désherbeur a été conçu par une équipe d’ingénieurs de Nouvelle-Écosse afin de participer à une compétition de robotique agricole en Illinois. Après avoir remporté cette dernière, l’équipe a décidé de continuer à l’améliorer en vue de tests au champs et de commercialisation éventuelle. Le robot ayant raflé les honneurs combine plusieurs avantages. Il a d’abord été construit afin de travailler de façon autonome à partir de logiciels et d’une batterie pour ses moteurs. Il a par la suite été muni de deux systèmes de désherbage, soit un chimique et un mécanique. Enfin, son système optique est capable de reconnaître ce qu’il voit et d’épargner la culture en rang, ouvrant la porte à un contrôle adapté des adventices en fonction des résistances connues.

Thomas Trappenberg, chef d'équipe chez Nexus Robotics, et son robot-désherbeur. Crédit photo: Lynn Grooms.

En somme, le désherbage intelligent permet de diminuer drastiquement les risques environnementaux, les risques de développement de résistance et la compaction, le tout en maintenant l’efficacité du traitement. Bien que plusieurs de ces technologies soient toujours au banc d’essais, plusieurs sont disponibles en Europe et l’une d’entre elles, la Steketee, est même utilisée par des producteurs de la région. Avec l’engouement pour les systèmes de désherbage intelligent en grandes cultures, nul doute que nous risquons d’entendre parler de ces machines dans un futur proche.