Le bleuet de corymbe en mode « lutte intégrée »

Par Violaine Joly-Séguin, agr., M.Sc.

 

Les plantations de bleuet en corymbe sont en expansion au Québec depuis une trentaine d’années. Les pionniers du bleuet géant du Québec auraient acheté les premiers plants des États-Unis et les auraient implantés dans la région de Franklin, il y a de ça près de 60 ans. Comme les superficies de production n’ont cessé de croître jusqu’à aujourd’hui, les problèmes phytosanitaires qui accompagnent généralement une monoculture, tels les insectes ravageurs et les pathogènes, ont aussi pris de l’ampleur.

Vers la fin des années 90, on voit apparaître au Québec la mouche du bleuet, Rhagoletis mendax. La mouche pond dans le fruit, ce qui produit une larve blanche. Les consommateurs auront la mauvaise surprise de voir la larve grimper au-dessus du panier de bleuets, après quelques heures dans le réfrigérateur. Cet insecte ravageur est régi par l’ACIA, ce qui rend le dépistage obligatoire lorsque la récolte de bleuets doit être acheminée d’une région à une autre. Dans des cas de pertes de contrôle sur la mouche, cela peut s’avérer catastrophique au niveau environnemental, en termes d’applications d’insecticides. On doit donc agir en prévention et faire le dépistage de la mouche du bleuet systématiquement sur toutes les bleuetières, à l’aide de pièges collants. Afin d’éviter le développement de résistance aux insecticides, on encourage les producteurs à utiliser le bio-insecticide « GF-120 », en alternance avec les produits de synthèse.

Plus récemment, on a vu apparaître la drosophile à ailes tachetées, Drosophila suzukii, ainsi que le scarabée japonais, Popillia japonica, dans les bleuetières du Québec. Ces deux insectes proviennent d’Asie et s’adaptent plutôt bien sous les conditions du Québec depuis leur introduction. Bien que pas encore homologué, l’ail liquide (souvent préparé à la ferme) pulvérisé autour de la bleuetière s’avère une technique efficace pour lutter contre la drosophile. L’ail est un répulsif naturel et doit être pulvérisé avant l’arrivée de l’insecte. Cette petite mouche à fruits provient des boisés et s’achemine de l’extérieur de la bleuetière vers l’intérieur au moment du mûrissement avancé des fruits. Il serait avantageux que ce produit devienne homologué, car il s’agit d’une alternative intéressante aux produits chimiques. Son emploi pourrait éventuellement être devancé au stade de la véraison dans le but de lutter contre les populations de scarabées et de mouches du bleuet.

En plus des bio-pesticides, les techniques de lutte intégrée dans le bleuet en corymbe se rapportent souvent à la manière de gérer la récolte. Les récoltes rapprochées et la réfrigération adéquate sont des bonnes pratiques qui semblent banales mais qui en réalité peuvent éviter bien des traitements insecticides à la récolte. Ces méthodes s’appliquent également pour lutter contre l’anthracnose, une maladie fongique à l’origine de bien des applications de fongicides. Toujours dans une approche de lutte intégrée, le choix des cultivars résistants à l’anthracnose s’avère la meilleure méthode pour limiter la propagation de la maladie.

Dans un contexte de réchauffement climatique, on peut s’attendre à une migration des insectes ravageurs du Sud vers le Nord. La situation va donc se complexifier en ce qui a trait à la réduction des pesticides. De là l’importance d’intégrer diverses méthodes de luttes aux ravageurs, allant de la vitesse de récolte au choix des cultivars.

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